08 maj 2013

Discours de Suède



Sire, Madame, Altesses Royales, Mesdames, Messieurs,

En recevant la distinction dont votre libre Académie a bien voulu m'honorer, ma gratitude était d'autant plus profonde que je mesurais à quel point cette récompense dépassait mes mérites personnels. Tout homme et, à plus forte raison, tout artiste, désire être reconnu. Je le désire aussi. Mais il ne m'a pas été possible d'apprendre votre décision sans comparer son retentissement à ce que je suis réellement. Comment un homme presque jeune, riche de ses seuls doutes et d'une œuvre encore en chantier, habitué à vivre dans la solitude du travail ou dans les retraites de l'amitié, n'aurait-il pas appris avec une sorte de panique un arrêt qui le portait d'un coup, seul et réduit à lui-même, au centre d'une lumière crue? De quel cœur aussi pouvait-il recevoir cet honneur à l'heure où, en Europe, d'autres écrivains, parmi les plus grands, sont réduits au silence, et dans le temps même où sa terre natale connaît un malheur incessant?


J'ai connu ce désarroi et ce trouble intérieur. Pour retrouver la paix, il m'a fallu, en somme, me mettre en règle avec un sort trop généreux. Et, puisque je ne pouvais m'égaler à lui en m'appuyant sur mes seuls mérites, je n'ai rien trouvé d'autre pour m'aider que ce qui m'a soutenu tout au long de ma vie, et dans les circonstances les plus contraires: l'idée que je me fais de mon art et du rôle de l'écrivain. Permettez seulement que, dans un sentiment de reconnaissance et d'amitié, je vous dise, aussi simplement que je le pourrai, quelle est cette idée.

Je ne puis vivre personnellement sans mon art. Mais je n'ai jamais placé cet art au-dessus de tout. S'il m'est nécessaire au contraire, c'est qu'il ne se sépare de personne et me permet de vivre, tel que je suis, au niveau de tous. L'art n'est pas à mes yeux une réjouissance solitaire. Il est un moyen d'émouvoir le plus grand nombre d'hommes en leur offrant une image privilégiée des souffrances et des joies communes. Il oblige donc l'artiste à ne pas se séparer; il le soumet à la vérité la plus humble et la plus universelle. Et celui qui, souvent, a choisi son destin d'artiste parce qu'il se sentait différent apprend bien vite qu'il ne nourrira son art, et sa différence, qu'en avouant sa ressemblance avec tous. L'artiste se forge dans cet aller retour perpétuel de lui aux autres, à mi-chemin de la beauté dont il ne peut se passer et de la communauté à laquelle il ne peut s'arracher. C'est pourquoi les vrais artistes ne méprisent rien; ils s'obligent à comprendre au lieu de juger. Et s'ils ont un parti à prendre en ce monde ce ne peut être que celui d'une société où, selon le grand mot de Nietzsche, ne règnera plus le juge, mais le créateur, qu'il soit travailleur ou intellectuel.
Le rôle de l'écrivain, du même coup, ne se sépare pas de devoirs difficiles. Par définition, il ne peut se mettre aujourd'hui au service de ceux qui font l'histoire: il est au service de ceux qui la subissent. Ou sinon, le voici seul et privé de son art. Toutes les armées de la tyrannie avec leurs millions d'hommes ne l'enlèveront pas à la solitude, même et surtout s'il consent à prendre leur pas. Mais le silence d'un prisonnier inconnu, abandonné aux humiliations à l'autre bout du monde, suffit à retirer l'écrivain de l'exil chaque fois, du moins, qu'il parvient, au milieu des privilèges de la liberté, à ne pas oublier ce silence, et à le relayer pour le faire retentir par les moyens de l'art.
Aucun de nous n'est assez grand pour une pareille vocation. Mais dans toutes les circonstances de sa vie, obscur ou provisoirement célèbre, jeté dans les fers de la tyrannie ou libre pour un temps de s'exprimer, l'écrivain peut retrouver le sentiment d'une communauté vivante qui le justifiera, à la seule condition qu'il accepte, autant qu'il peut, les deux charges qui font la grandeur de son métier: le service de la vérité et celui de la liberté. Puisque sa vocation est de réunir le plus grand nombre d'hommes possible, elle ne peut s'accommoder du mensonge et de la servitude qui, là où ils règnent, font proliférer les solitudes. Quelles que soient nos infirmités personnelles, la noblesse de notre métier s'enracinera toujours dans deux engagements difficiles à maintenir: le refus de mentir sur ce que l'on sait et la résistance à l'oppression.
Pendant plus de vingt ans d'une histoire démentielle, perdu sans secours, comme tous les hommes de mon âge, dans les convulsions du temps, j'ai été soutenu ainsi: par le sentiment obscur qu'écrire était aujourd'hui un honneur, parce que cet acte obligeait, et obligeait à ne pas écrire seulement. Il m'obligeait particulièrement à porter, tel que j'étais et selon mes forces, avec tous ceux qui vivaient la même histoire, le malheur et l'espérance que nous partagions. Ces hommes, nés au début de la première guerre mondiale, qui ont eu vingt ans au moment où s'installaient à la fois le pouvoir hitlérien et les premiers procès révolutionnaires, qui furent confrontés ensuite, pour parfaire leur éducation, à la guerre d'Espagne, à la deuxième guerre mondiale, à l'univers concentrationnaire, à l'Europe de la torture et des prisons, doivent aujourd'hui élever leurs fils et leurs œuvres dans un monde menacé de destruction nucléaire. Personne, je suppose, ne peut leur demander d'être optimistes. Et je suis même d'avis que nous devons comprendre, sans cesser de lutter contre eux, l'erreur de ceux qui, par une surenchère de désespoir, ont revendiqué le droit au déshonneur, et se sont rués dans les nihilismes de l'époque. Mais il reste que la plupart d'entre nous, dans mon pays et en Europe, ont refusé ce nihilisme et se sont mis à la recherche d'une légitimité. Il leur a fallu se forger un art de vivre par temps de catastrophe, pour naître une seconde fois, et lutter ensuite, à visage découvert, contre l'instinct de mort à l'œuvre dans notre histoire.
Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu'elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse. Héritière d'une histoire corrompue où se mêlent les révolutions déchues, les techniques devenues folles, les dieux morts et les idéologies exténuées, où de médiocres pouvoirs peuvent aujourd'hui tout détruire mais ne savent plus convaincre, où l'intelligence s'est abaissée jusqu'à se faire la servante de la haine et de l'oppression, cette génération a dû, en elle-même et autour d'elle, restaurer, à partir de ses seules négations, un peu de ce qui fait la dignité de vivre et de mourir. Devant un monde menacé de désintégration, où nos grands inquisiteurs risquent d'établir pour toujours les royaumes de la mort, elle sait qu'elle devrait, dans une sorte de course folle contre la montre, restaurer entre les nations une paix qui ne soit pas celle de la servitude, réconcilier à nouveau travail et culture, et refaire avec tous les hommes une arche d'alliance. Il n'est pas sûr qu'elle puisse jamais accomplir cette tâche immense, mais il est sûr que partout dans le monde, elle tient déjà son double pari de vérité et de liberté, et, à l'occasion, sait mourir sans haine pour lui. C'est elle qui mérite d'être saluée et encouragée partout où elle se trouve, et surtout là où elle se sacrifie. C'est sur elle, en tout cas, que, certain de votre accord profond, je voudrais reporter l'honneur que vous venez de me faire.
Du même coup, après avoir dit la noblesse du métier d'écrire, j'aurais remis l'écrivain à sa vraie place, n'ayant d'autres titres que ceux qu'il partage avec ses compagnons de lutte, vulnérable mais entêté, injuste et passionné de justice, construisant son œuvre sans honte ni orgueil à la vue de tous, sans cesse partagé entre la douleur et la beauté, et voué enfin à tirer de son être double les créations qu'il essaie obstinément d'édifier dans le mouvement destructeur de l'histoire. Qui, après cela, pourrait attendre de lui des solutions toutes faites et de belles morales? La vérité est mystérieuse, fuyante, toujours à conquérir. La liberté est dangereuse, dure à vivre autant qu'exaltante. Nous devons marcher vers ces deux buts, péniblement, mais résolument, certains d'avance de nos défaillances sur un si long chemin. Quel écrivain, dès lors oserait, dans la bonne conscience, se faire prêcheur de vertu? Quant à moi, il me faut dire une fois de plus que je ne suis rien de tout cela. Je n'ai jamais pu renoncer à la lumière, au bonheur d'être, à la vie libre où j'ai grandi. Mais bien que cette nostalgie explique beaucoup de mes erreurs et de mes fautes, elle m'a aidé sans doute à mieux comprendre mon métier, elle m'aide encore à me tenir, aveuglément, auprès de tous ces hommes silencieux qui ne supportent, dans le monde, la vie qui leur est faite que par le souvenir ou le retour de brefs et libres bonheurs.
Ramené ainsi à ce que je suis réellement, à mes limites, à mes dettes, comme à ma foi difficile, je me sens plus libre de vous montrer pour finir, l'étendue et la générosité de la distinction que vous venez de m'accorder, plus libre de vous dire aussi que je voudrais la recevoir comme un hommage rendu à tous ceux qui, partageant le même combat, n'en ont reçu aucun privilège, mais ont connu au contraire malheur et persécution. Il me restera alors à vous en remercier, du fond du cœur, et à vous faire publiquement, en témoignage personnel de gratitude, la même et ancienne promesse de fidélité que chaque artiste vrai, chaque jour, se fait à lui-même, dans le silence.
Albert CAMUS
Stockholm, le 10 décembre 1957
[Source:  http://www.nobelprize.org/nobel_prizes/literature/laureates/1957/camus-speech-f.html]

15 shkurt 2013

«Njeriu dhe koha»

Vërtitet një re e zezë mbi botë
e zezë si unë
leh natën një qen i tërbuar nën portë
tërbuar si unë

zvarritet një gjarpër nga rrugë e vithisur
një gjarpër si unë
kalojnë në shtigje plot njerëz të krisur
të krisur si unë

lëkunden në qoshe të rrugëve kurvat
lëkunden si unë
bërtasin lypsarët si kafshët në guvat
në guvat si unë

kërcejnë majmunët në pyjet e xhunglat
majmunçe dhe unë
jeton botë e çmendur me vallet dhe plumbat
e çmendur si unë

tmerrohet njeriu kur lind mbinjeriu
tmerrohem dhe unë
kur vdes mbinjeriu merr zemër fatziu
marr zemër dhe unë

Dritëro AGOLLI

26 korrik 2012

«Parisi, vendlindja»

Do të hyjmë në Paris
gurin tonë aty do ta ngulim,
nuk do të na presë Teuta, Genti,
nuk do të na presë hordhi e egër romake
nuk do të na presë njeri i gjallë.
Në Paris do të hyjmë
ëndrrat do t'i varim në krahë të lejlekëve
te një krua do t'i lajmë sytë, duart lythore,
do t'i lëmë netët ballkanike pas shpine
vallet, këngët, baladat, përrallat,
vetëm fyellin do ta marrim
t'i biem kur të na rrokë malli,
kur humbim në grumbullin e klosharëve,
të hijeve,
të minjve,
deri vonë rrugëve të Parisit në metro marramenthi,
do t'i marrim erë ftoit të vendlindjes
për kohët pist do të flasim me gishta,
nuk do të shkelim asnjë mizë,
nuk do të trembim asnjë zog,
nuk do të derdhim zjarr, vrer,
mbi kokë të njeriut,
Evropës së përgjumur s'do ti përulemi
as perëndive të krisura.
Ma jep besën, Lum Lumi,
se nuk do ta harrojmë vendlindjen.

Ali PODRIMJA

19 nëntor 2011

«Ndjenjë e dashuruar»

Me ndjenjat jam ulur në dhomë e bisedoj
ato janë dashuruar me ty, unë nuk i besoj
me hire trëndafilash dimri, që celin mbi re,
të krahasojnë
si harqe ylberësh hutuar
rreth flokëve të tu duan të qëndrojnë

Mbi udhët e fletës sime fillojnë të vrapojnë
dhe tingujt nga pas po i ndjekin
unë për një çast ndaloj
të gjithë më shikojnë dhe nisin e presin
u them po shkoj, hej, ta takoj

Nga duart e hënës të marr, nga yjet e ftohtë.
Mbi krahët e mia të mbaj, nga ëndrrat të mbroj.
Rreth teje ndjenjat e mia dhe tingujt e lashtë
njëherazi thonë
ky djalë që ju shihni pranë ka shekuj me radhë
që po ju kërkon

Harrohemi në brigje prekjesh, në këngë vetëtimash
në dete të artë buzëqeshjesh
ecim mbi perla vargjesh, në maja të lira
ku vetëm një zë është dëgjuar
heeej, heeeej jam dashuruar.....

Ervin HATIBI

06 nëntor 2011

«Je suis comme je suis»

Je suis comme je suis
Je suis faite comme ça
Quand j’ai envie de rire
Oui je ris aux éclats
J’aime celui qui m'aime
Est-ce ma faute à moi
Si ce n’est pas le même
Que j’aime chaque fois
Je suis comme je suis
Je suis faite comme ça
Que voulez-vous de plus
Que voulez-vous de moi

Je suis faite pour plaire
Et n’y puis rien changer
Mes talons sont trop hauts
Ma taille trop cambrée
Mes seins beaucoup trop durs
Et mes yeux trop cernés
Et puis après
Qu’est-ce que ça peut vous faire
Je suis comme je suis
Je plais à qui je plais
Qu’est-ce que ça peut vous faire

Ce qui m’est arrivé
Oui j’ai aimé quelqu’un
Oui quelqu’un m’a aimé
Comme les enfants qui s’aiment
Simplement savent aimer
Aimer aimer...
Pourquoi me questionner
Je suis là pour vous plaire
Et n’y puis rien changer.

Jacques PRÉVERT

06 tetor 2011

«Life is Fine»

I went down to the river,
I set down on the bank.
I tried to think but couldn't,
So I jumped in and sank.

I came up once and hollered!
I came up twice and cried!
If that water hadn't a-been so cold
I might've sunk and died.

But it was Cold in that water! It was cold!

I took the elevator
Sixteen floors above the ground.
I thought about my baby
And thought I would jump down.

I stood there and I hollered!
I stood there and I cried!
If it hadn't a-been so high
I might've jumped and died.

But it was High up there! It was high!

So since I'm still here livin',
I guess I will live on.
I could've died for love—
But for livin' I was born

Though you may hear me holler,
And you may see me cry—
I'll be dogged, sweet baby,
If you gonna see me die.

Life is fine! Fine as wine! Life is fine!

Langston HUGHES

02 tetor 2011

«Homework»

Homage Kenneth Koch

If I were doing my Laundry I'd wash my dirty Iran
I'd throw in my United States, and pour on the Ivory Soap, scrub up Africa, put all the birds and elephants back in the jungle,
I'd wash the Amazon river and clean the oily Carib & Gulf of Mexico,
Rub that smog off the North Pole, wipe up all the pipelines in Alaska,
Rub a dub dub for Rocky Flats and Los Alamos, Flush that sparkly Cesium out of Love Canal
Rinse down the Acid Rain over the Parthenon & Sphinx, Drain the Sludge out of the Mediterranean basin & make it azure again,
Put some blueing back into the sky over the Rhine, bleach the little Clouds so snow return white as snow,
Cleanse the Hudson Thames & Neckar, Drain the Suds out of Lake Erie
Then I'd throw big Asia in one giant Load & wash out the blood & Agent Orange,
Dump the whole mess of Russia and China in the wringer, squeeze out the tattletail Gray of U.S. Central American police state,
& put the planet in the drier & let it sit 20 minutes or an Aeon till it came out clean.

Allen GINSBERG

30 shtator 2011

«Still I Rise»

You may write me down in history
With your bitter, twisted lies,
You may trod me in the very dirt
But still, like dust, I'll rise.

Does my sassiness upset you?
Why are you beset with gloom?
'Cause I walk like I've got oil wells
Pumping in my living room.

Just like moons and like suns,
With the certainty of tides,
Just like hopes springing high,
Still I'll rise.

Did you want to see me broken?
Bowed head and lowered eyes?
Shoulders falling down like teardrops.
Weakened by my soulful cries.

Does my haughtiness offend you?
Don't you take it awful hard
'Cause I laugh like I've got gold mines
Diggin' in my own back yard.

You may shoot me with your words,
You may cut me with your eyes,
You may kill me with your hatefulness,
But still, like air, I'll rise.

Does my sexiness upset you?
Does it come as a surprise
That I dance like I've got diamonds
At the meeting of my thighs?

Out of the huts of history's shame
I rise
Up from a past that's rooted in pain
I rise
I'm a black ocean, leaping and wide,
Welling and swelling I bear in the tide.
Leaving behind nights of terror and fear
I rise
Into a daybreak that's wondrously clear
I rise
Bringing the gifts that my ancestors gave,
I am the dream and the hope of the slave.
I rise
I rise
I rise.

Maya ANGELOU

22 shtator 2011

«Sonnet LXXI»

No longer mourn for me when I am dead,
Than you shall hear the surly sullen bell
Give warning to the world that I am fled
From this vile world with vilest worms to dwell:
Nay if you read this line, remember not,
The hand that writ it, for I love you so,
That I in your sweet thoughts would be forgot,
If thinking on me then should make you woe.
O if (I say) you look upon this verse,
When I (perhaps) compounded am with clay,
Do not so much as my poor name rehearse;
But let your love even with my life decay.
Lest the wise world should look into your moan,
And mock you with me after I am gone.

William SHAKESPEARE

17 korrik 2011

«Mësime mbi shqipen e re»

I
Zoti Hekur,

Ju njoftoj se rekllamasioni juaj nuk u muar në konsiderasion.

Zgjebua, prefekt, d.v.


II
Zoti Prefekt,

E këndova kartën tuaj, ku më bëni të njohur se ankimi im nuk u muar në sy. Po më vjen keq që nuk shtuat edhe arsyet për të cilat nuk u dëgjua kërkimi im.

Hekuri, d.v.


III
Zoti Hekur,

Nukë jam oblizhé të ju reveloj motifet enterne që e desiduan administrasionin të refyzojë rekllamasionin tuaj.
Ballafaqimi rrjedh vetvetiu nga elementet.

Zgjebua, prefekt, d.v.


IV
Zoti Prefekt,

Nuk ju jam lutur të më zbuloni të fshehtat e shtetit. Po më duket se, kur hidhet poshtë një qarje, kam të drejtën të pyes përse.
Elementat rrjedhin vetvetiu nga ballafaqimi.

Hekuri, d.v.


V
Zoti Hekur,

Në paçi lodas të më shkruani përsëri një letre ensollave si atë të fundit, nosolman nuk do t’ju përgjigjem, po do të marr demëzyr regretabl.

Zgjebua, prefekt, d.v.


VI
Monsieur le préfet,

Il y a évidemment un malentendu. J’ai le plus profond respect pour les autorités, et je crois n’avoir fait preuve envers elles ni d’audace ni d’insolence. Je voudrais simplement demander les motifs pour lesquels ma réclamation n’a pas été prise en considération.

Hekuri, m.p.


VII
Zoti Hekur,

Do t’ju bëj rëmarke se lalangofisiel e Shqipërisë është shqipja. Parkonsekan letra juaj e fundit nuk është amisibl se është redizhé në një gjuhë të huaj.

Zgjebua, prefekt, d.v.


VIII
Zoti Prefekt,

Nuk kuptoj si mund të quhet e huaj frëngjishtja, kur është pranuar si ortake gjysmë për gjysmë me shqipen. Ortakësia është gjë shumë e mirë në tregti: po në shesh të gjuhësisë pema e ortakërisë është një doç. Më të shumtët nëpunës të Shqipërise sot s’dinë as shqip as frëngjisht; po meqë duket sheshit se frëngjishtja u pëlqen më tepër se shqipja, do ta nxënë kohë frëngjishten, në qoftë se kjo bëhet gjuha zyrtare e vendit. Në të dy mijë vjetët e fundit, më parë latinishtja, pastaj greqishtja më në fund turqishtja, kanë qenë gjhuët zyrtare të Shqipërisë. Pse të mos kenë përsëri si gjuhë zyrtare një gjuhë të huaj, po këtë herë të zgjedhur lirisht nga ne vetë? Sikur të kasnecohej frëngjishtja si gjuha zyrtare e vendit, do të kishim dy fitime: do të përdornim në punë të Guvernës një gjuhë të bukur, dhe pak a shumë të përbotshme; edhe do t’i lejim popullit lirinë të flasë gjuhën e tij të pavërlasur.

Hekuri, d.v.


IX
I paditur A.B.C. Hekuri urdhërohet formelman të dalë përpara tribynalit, të hënën që vjen, purrepondr disa aqyzasioneve kundrë lasyrëte të shtetit, të bëra nga zoti prefekt Zgjebo.

Inajetullahu, komisar i policisë, d.v.


X
Desizion i Tribynalit:

Unë, zhyzhi i Ubjedullahut, u silloisa këtej, u silloisa andej, edhe desidova se i pandehuri A.B.C. Hekuri, i cili, si nga letrat odasioze, ensollane, dhe in admisible, që i dërgoi Zotit prefekt Zgjebo, ashtu edhe nga reponset që i bëri tribynalit, u revelua trathtor, bolshevik, ankelan alasedision, sanmoral dhe sanpatri të bëhet kondanë në dhjetë vjet burg otravo forsé.

(këtu vula)

I «pandehuri», i «padituri», i dënuari Hekur tani thyen gurë në udhë të re të Tomorit.


Faik KONICA